L’allaitement maternel est un acte naturel, millénaire, puissant. Pourtant, il reste encore aujourd’hui entouré de tabous, d’attentes sociétales contradictoires et de jugements parfois blessants. Certaines femmes sont pointées du doigt parce qu’elles n’allaitent pas, d’autres parce qu’elles allaitent trop longtemps.
Mais allaiter ou non, allaiter un jour ou trois ans, est un choix personnel qui n’appartient qu’à la mère et à son enfant. Ce choix mérite soutien, accompagnement, bienveillance et surtout — la liberté.
1. Quelle est la durée recommandée par les professionnels de santé ?
L’Organisation Mondiale de la Santé (OMS) recommande :
- Un allaitement exclusif (sans autre aliment ni boisson, même de l’eau) pendant les 6 premiers mois de vie.
- Puis un allaitement complémentaire avec des aliments solides jusqu’à 2 ans ou plus, tant que la mère et l’enfant le souhaitent.
Pourquoi ces recommandations ?
Sur le plan immunitaire :
Le lait maternel contient des anticorps (IgA sécrétoires), des enzymes, des globules blancs vivants, et de nombreux éléments qui protègent contre les infections, bien au-delà des 12 mois.
Sur le plan nutritionnel :
Le lait reste une source riche en énergie, vitamines (A, D, B12), lipides essentiels (DHA, oméga-3), même après l’introduction des solides.
Sur le plan psycho-émotionnel :
L’allaitement libère de l’ocytocine, hormone de l’attachement et du bien-être. Il renforce le lien mère-enfant et rassure l’enfant dans ses moments de stress.
À noter : l’allaitement long est également reconnu comme un moyen de réduction des risques de certaines maladies, tant chez la mère que chez l’enfant (diabète, obésité, certains cancers).
2. La pression sociale : le double standard de l’allaitement
Dans notre société moderne, les mamans se retrouvent souvent face à des injonctions paradoxales :
- Si elles n’allaitent pas : elles sont parfois jugées « non naturelles » ou « pas assez maternelles ».
- Si elles allaitent longtemps : on les juge « excessives » ou « fusionnelles ».
Réalité du terrain :
De nombreuses femmes interrompent l’allaitement par manque de soutien ou à cause de remarques blessantes de l’entourage ou du monde professionnel.
Il est fréquent d’entendre :
- « Tu allaites encore ? Il a des dents ! »
- « Tu devrais passer au biberon pour reprendre le travail. »
Ce qu’il faut rappeler :
Aucune mère n’a à se justifier. Le bon choix est celui qui vous convient à VOUS et à votre bébé.
L’essentiel est que chaque mère soit libre de décider ce qui est bon pour elle, sans culpabilité ni pression.
3. L’allaitement prolongé dans le monde : une norme culturelle
Contrairement à l’idée reçue en Occident, l’allaitement au-delà de 1 ou 2 ans est la norme dans de nombreuses cultures.
Exemples :
- Mongolie : le lait maternel est donné même aux enfants scolarisés pour renforcer leur immunité.
- Afrique de l’Ouest : allaitement jusqu’à 3 ou 4 ans, voire plus, en fonction des besoins de l’enfant.
- Inde, Sri Lanka, Bangladesh : l’allaitement jusqu’à 5 ans est fréquent.
- Cultures nomades et rurales : allaitement partagé entre femmes d’une même famille, ou même d’une communauté, pour aider les mères dans le besoin.
En France, les données :
- 73 % des femmes allaitent à la naissance (DREES, 2021)
- 19 % seulement continuent au 6e mois
🧭 Ce décalage est souvent lié à l’isolement, au manque de conseils et à la reprise du travail.
4. Les bienfaits de l’allaitement long (quand il est souhaité)
Allaiter longtemps n’est pas un « caprice » ou un « besoin de fusion », c’est un prolongement naturel du soin parental.
Pour l’enfant :
- Réconfort, sécurité affective, adaptation plus douce aux transitions (crèche, sevrage, changement de rythme)
- Renforcement immunitaire continu : anticorps adaptés aux maladies rencontrées au quotidien
- Réduction des risques de certaines affections chroniques (diabète, obésité, infections ORL, allergies)
Pour la mère :
- Baisse du risque de cancer du sein, des ovaires, du diabète de type 2
- Prolongation de l’aménorrhée (retour des règles retardé)
- Ocytocine élevée = meilleure gestion du stress
Mais surtout :
C’est une source de plaisir, de complicité et de douceur dans la relation parent-enfant.
Mais : allaiter longtemps n’est ni une obligation, ni un modèle à suivre.
Le biberon, le lait infantile, le tire-allaitement ou l’arrêt rapide sont aussi des parcours valides. Tout dépend de l’envie, de l’état de santé, du contexte de chaque maman.
5. Accompagnement, outils et ressources
Pour allaiter sereinement :
- Tire-lait (manuel ou électrique), coussins d’allaitement, coquillages, coussinets lavables
- Vêtements d’allaitement : hauts détachables, brassières confortables
- Produits de soin : lanoline, huiles apaisantes, compresses d’hydrogel
En cas de difficultés :
- Consultantes en lactation IBCLC (professionnelles spécialisées)
- Soutien associatif :
- La Leche League France : https://www.lllfrance.org/
- Solidarilait : https://www.solidarilait.org/
- Information scientifique : https://www.inserm.fr/dossier/allaitement-maternel
- Dépliant OMS : https://www.who.int/fr/news-room/fact-sheets/detail/infant-and-young-child-feeding
Lecture recommandée :
- « L’Art de l’allaitement maternel » (La Leche League)
- « Le lait maternel, une merveille de la nature » – Pr. Lars Hanson
Conclusion : Il n’y a pas de bonne durée, il n’y a que votre bon choix
Allaiter est une expérience unique, fluctuante, personnelle. Il peut durer 1 jour, 1 mois, 1 an ou plus.
Ce n’est pas la durée qui fait la valeur de la relation, mais l’intention, l’amour, le respect de soi et de son enfant.
Qu’elle soit allaitante, tire-allaitante, mixte ou au biberon, chaque maman est une bonne maman.
Et chaque parcours est légitime.